Voices
Points de vue sur le monde du travail
Photo: Prashanth Vishwanathan (IWMI), CC BY-NC-ND 2.0

Podcast l'avenir du travail

Episode 1
Emplois verts

Le futur du travail passe par la création d’emplois verts

11 janvier 2021
00:00

Les programmes économiques mis en œuvre par les gouvernements doivent favoriser une relance à la fois verte et inclusive, qui doit stimuler la mise en œuvre d’actions conformes aux objectifs environnement aux mondiaux.

Transcription

[musique]

-Bonjour et bienvenue

dans ce premier épisode des Voix de l'OIT.

Un nouveau podcast de l'OIT

où nous allons parler des problèmes

et des problématiques du monde du travail,

des profondes transformations qu'il est en train

de vivre en ce moment,

et bien sûr des effets de la pandémie.

[musique]

Nous allons aborder aujourd'hui le sujet

de l'écologisation du monde du travail

et de la création d'emplois verts.

Après le Covid-19, cette transformation

de l'économie pourrait créer des millions d'emplois.

Cependant, il faudra mettre

en place les bonnes politiques

pour garantir qu'il s'agisse d'emplois décents.

Cela risque d'être assez compliqué.

[musique]

Nous allons aborder ce sujet avec Moustapha Kamal Gueye,

coordonnateur du programme des emplois verts de l'OIT.

Bonjour Moustapha.

-Bonjour Isabelle.

-Moustapha, expliquez-nous

qu'est-ce que c'est exactement qu'un emploi vert ?

-Un emploi vert, c'est un travail décent.

Comme cela se fait dans des divers secteurs de l'économie,

qu'il s'agisse du secteur primaire comme dans l'agriculture,

les industries ou le tertiaire,

le secteur des services,

mais en plus d'être un travail décent,

c'est un travail qui contribue

à résorber un certain nombre

de problématiques environnementales.

Il peut s'agir, par exemple,

de la gestion des déchets ou du recyclage.

Il peut s'agir dans le secteur de l'industrie

de l'efficacité énergétique aussi bien dans le bâtiment,

ou bien il peut s'agir de mode

de productions agricoles qui sont beaucoup plus sensibles

aux problématiques environnementales.

C'est un travail décent,

mais qui contribue à l'agenda environnemental.

-C'est vrai que nous avons déjà quelques exemples

de ce genre d'emplois verts.

Par exemple, en Afrique, 21 pays

et organisations internationales

ont élaboré le projet de la Grande Muraille Verte,

qui a pour but de réhabiliter 100 millions d'hectares

de terre et de stopper l'avancée du désert du Sahara.

Une initiative conjointe qui vise

à assurer la sécurité alimentaire de 20 millions

de personnes et de créer 350 000 emplois.

En Allemagne, nous avons aussi un autre exemple.

Un projet de forêt urbaine et de restauration de l'écosystème,

qui réunit 19 villes allemandes

et a déjà permis de créer plus de 100 000 emplois.

En Amérique Latine, un rapport récent

de l'OIT et de la banque interaméricaine

de développement montre que la transition

vers un modèle économique fondé sur zéro émission

en net de carbone permettrait de créer 15 millions

de nouveaux emplois pour la région d'ici 2030.

L'Amérique Latine, rappelons-le,

la région qui a la plus grande biodiversité de la planète.

Maintenant, le défi est quand même de mettre en place tous

ces emplois verts et de saisir l'opportunité

que nous offre la terrible crise du Covid

pour aussi rééquilibrer notre relation vis-à-vis

de l'environnement afin de créer ces emplois verts.

C'est tout de même un objectif extrêmement ambitieux

dans les circonstances actuelles.

-Oui, évidemment.

Dans le contexte actuel de crise causée

par la pandémie de la Covid-19,

nous sommes dans une crise économique.

Généralement, ce qu'on observe

dans des crises économiques,

c'est que les États mettent l'action sur l'aspect économique,

la résilience sociale.

Parfois, l'agenda environnemental

est laissé comme une priorité de seconde zone.

Par contre, ce que cette pandémie a révélé,

c'est le lien étroit qui existe entre les questions sanitaires,

les questions sociales et les questions environnementales.

Cela fait que dans beaucoup de cas,

les États ont essayé la redynamisation

des économies à prendre

en compte la dimension environnementale,

d'aller vers des plans

de relance économique verts comme on dit.

Le secrétaire général des Nations Unies,

lui-même, a mis en avant un plan

d'action autour de six axes,

qui peuvent avoir des contributions positives

sur le climat aussi bien que sur l'économie et la société.

Un de ces points,

c'est effectivement la promotion

des emplois verts.

-Tout ceci, c'est quand même très compliqué

à mettre en œuvre surtout

dans les circonstances actuelles.

Y-a-t-il des pays ou des régions

qui sont mieux préparés que d'autres ?

-Disons en termes de relance économique verte,

nous voyons des opportunités

dans les différentes régions du monde

en fonction de leurs contextes et de leurs besoins.

Par exemple, vous prenez le cas d'un pays comme Singapour.

Singapour est un pays qui importe beaucoup

de ses besoins alimentaires.

Avec cette crise et toute la difficulté

qu'il y a eu dans les chaînes d'approvisionnement,

Singapour a décidé de promouvoir l'idée d'assurer

au moins 30 % de ses besoins nutritionnels d'ici 2030

avec une production locale,

ce qu'on appelle l'agriculture urbaine.

C'est souvent un modèle d'agriculture

qui est très écologique,

qui est sensible aux préoccupations environnementales.

C'est quelque chose qui mobilise

des citoyens dans des villes avec un état

de conscience assez élevé.

Il y a des villes comme Milan, par exemple,

qui ont décidé en raison de la pandémie

et du besoin de limiter la circulation dans les véhicules,

dans les transports publics pour éviter la contagion.

Beaucoup de gens ont fait recours à des vélos,

à des modes de transport de cette nature.

Les villes se sont rendues compte

qu'il faut effectivement renforcer les systèmes

et l'infrastructure pour des modes de transport

qui sont plus sobres en carbone.

Ça se voit dans beaucoup de villes à travers le monde.

Si on regarde du côté africain,

on a pu noter que dans beaucoup de pays,

pour mettre en place des systèmes de lavage

des mains sans avoir de contact,

des jeunes femmes et hommes ont mis

en place des systèmes de nettoiement et de lavage

sans contact avec des produits recyclés.

Tout ça va ouvrir des perspectives de développement

de petites et moyennes entreprises

dans ces nouveaux domaines de production économique.

En fonction des contextes, les opportunités varient,

mais de manière générale

il y a des opportunités partout

où on regarde à travers le monde.

-Ce sont des exemples extrêmement intéressants

et des initiatives,

mais en même temps il faut aussi souligner

que pour les emplois verts ne sont pas automatiquement

des emplois décents.

Il faut qu'ils soient encadrés

par des politiques appropriées.

C'est bien ça ?

-Oui, effectivement.

Il y a ce qu'on appelle des emplois verts,

parce que c'est des emplois qui sont

dans des secteurs considérés comme verts,

la gestion forestière,

la gestion des déchets et le recyclage et cetera,

mais où il y a des risques de santé et sécurité au travail.

Par exemple, dans le recyclage

des produits électroniques qu'on voit

dans beaucoup de parties du monde, les ordinateurs,

les réfrigérateurs et cetera,

c'est une activité de recyclage,

mais qui se fait dans des conditions totales

d'absence de décence au sens du travail décent

et parfois un travail des enfants.

Cela veut dire qu'il faut une réglementation

pour s'assurer que même lorsqu'on opère

dans des domaines liés à l'environnement,

que les normes internationales

du travail soient respectées

et que nous soyons effectivement

dans le cadre de travail décent.

-Il y a aussi une autre problématique.

C'est la reconversion vers une économie plus verte,

plus écologique, risque aussi de détruire des emplois.

Est-ce que nous allons réussir

à créer suffisamment d'emplois verts

pour compenser des pertes dans d'autres secteurs ?

-Les études que l'OIT a mené pour essayer

de comprendre la nature ayant peur

des changements qui pourraient s'opérer

dans le monde du travail en conséquence

de la transition écologique nous indiquent

qu'il y aura grosso modo trois types de changements.

Il y aura une création de nouveaux emplois,

il y aura un risque de perte de certains emplois,

mais aussi important,

il y aura une transformation du monde

du travail dans son ensemble,

de la façon dont le travail est effectué

pour être beaucoup plus économe

dans l'utilisation de l'énergie,

des matériaux et cetera dans tous les secteurs d'activité.

Ce qui est important,

c'est que le potentiel de création

de nouveaux emplois est beaucoup plus significatif

que le risque de perte d'emplois tels

que nous les avons estimés;

l'OIT a estimé, par exemple,

en allant dans une économie sobre en carbone,

une économie circulaire,

il est possible de créer jusqu'à 100 millions d'emplois.

Cependant, 80 millions

d'emplois pourraient être à risque

dans ce processus de transition.

Dans le domaine de l'énergie,

par exemple, nous avons mesuré

qu'il y a un potentiel pour 25 millions

de nouveaux emplois,

mais que 7 millions d’emplois

dans des secteurs d’énergies fossiles pourraient être

perdus s’il n’y a pas d’effort

d’une requalification des travailleurs

pour assurer une reconversion professionnelle.

Il est possible de le faire avec les politiques

d’accompagnements nécessaires aussi bien

pour les travailleurs que pour les entreprises.

-Je vois donc que ça ne va pas

être une transition très facile,

mais il va falloir continuer sur cette lancée.

Merci Moustapha pour toutes ces explications.

C’est ainsi que nous finissons notre premier podcast.

Nous continuerons à parler des changements

dans le monde du travail dans les prochaines semaines.

Pour l’instant, c’est au revoir

et à bientôt pour un prochain épisode des Voix de l’OIT.

[musique]