Episode 57
Le sommet de Doha peut-il relancer la justice sociale mondiale ?
Claire Courteille-Mulder
Episode 58
La qualité de l’emploi progresse trop lentement
Ekkehard Ernst
Episode 56
Le congé de paternité: regards croisés entre experts et entreprises
Caroline Imbert, Nashwa Belal
Episode 55
L’Europe face à une main-d’œuvre vieillissante
Sabrina de Gobbi, Stefan Kühn
Episode 54
Comment l’IA et d’autres technologies peuvent protéger les travailleurs
Manal Azzi, Dafne Papandrea
Episode 53
Tendances mondiales de l’emploi: les défis et les opportunités pour 2025
Ekkehard Ernst
Episode 52
Symbiose industrielle : quand l'innovation écologique rencontre l'emploi
Sabrina de Gobbi
Tous les épisodes
Le sommet de Doha peut-il relancer la justice sociale mondiale ?
3 novembre 2025Trente ans après le premier Sommet mondial sur le développement social de Copenhague, celui de 2025 à Doha réunira des dirigeants du monde entier pour repenser notre vision du progrès, de l’équité et de la coopération.
Dans cet épisode du podcast L’avenir du travail, Claire Courteille-Mulder, conseillère principale au Département des partenariats de l’OIT, revient sur les raisons pour lesquelles ce Sommet intervient à un moment crucial, sur les enjeux pour la coopération mondiale et le développement social, et sur la manière dont l’OIT, fidèle à son mandat de promouvoir la justice sociale et le travail décent, contribue à nourrir le débat et à transformer les engagements en actions concrètes.
Transcription
Bienvenue dans le podcast L'avenir du travail de l'OIT.
Dans cette série spéciale consacrée au Sommet mondial sur le développement
social de 2025 à Doha, au Qatar en novembre.
Alors que les inégalités se creusent et que le monde est confronté à de profonds
bouleversements démographiques, technologiques et environnementaux,
ce Deuxième Sommet mondial sur le développement social, 30 ans
après celui de Copenhague en 1995, offre
une plateforme cruciale pour le dialogue et l'action à l'échelle mondiale.
Des dirigeants, des gouvernements, d'organisations internationales,
de la société civile, du secteur privé, du monde universitaire et du système
des Nations Unies se réuniront
pour tenter de façonner l'avenir du développement social.
Dans cet épisode, quels enjeux ?
Nous nous interrogeons sur des questions de fond autour de cette rencontre.
Pourquoi ce sommet est-il si important ?
Quels sont les enjeux pour le développement social et
le multilatéralisme et quel rôle va jouer l'OIT? Avec moi aujourd'hui,
Claire Courteille-Mulder, qui est conseillère principale
au sein du département des Partenariats de l'OIT.
Bonjour Claire, merci d'être avec nous aujourd'hui.
Merci de me recevoir.
Alors on va commencer par les enjeux
un peu sur ce sujet, sur ce sommet.
Alors pourquoi le sommet de Doha en novembre est-il si important ?
Et bien,
ce sommet est important pour au moins deux raisons.
La première, c'est que le premier Sommet
mondial sur le développement social,
a eu lieu il y a 30 ans à Copenhague, comme vous l'avez mentionné.
Evidemment, en 30 ans, les choses ont changé, les conditions ont changé.
Donc c'est très important
pour la communauté internationale de se retrouver à ce sommet,
d'évaluer les progrès qui ont été réalisés en matière de développement social,
mais aussi de regarder vers le futur et de mettre de nouvelles priorités
qui répondent vraiment aux défis, aux défis d'aujourd'hui.
Ça, c'est la première raison.
Et la deuxième raison, c'est que,
à un moment où le multilatéralisme est questionné,
à un moment où on observe un certain nombre de fragmentation
dans la communauté internationale, je pense que c'est vraiment important que
ce sommet
offre l'opportunité de reconsidérer la place que la communauté internationale
souhaite donner au développement social au sein du multilatéralisme.
Marque un peu un point d'inflexion, d'une certaine manière, dans
un environnement qui change très très vite,
où les problèmes sont différents qu'il y a 30 ans.
C'est ça repositionner un petit peu, revoir
comment renforcer la dimension sociale
d'un certain nombre de développement que vous avez mentionné.
Alors, quels sont les objectifs exactement de ce sommet ?
Qu'est-ce-que le sommet espère accomplir et qu'est-ce-que la communauté
internationale peut attendre de cette rencontre de Doha en novembre ?
Alors, le sommet de Copenhague, il y a 30 ans, avait défini le développement
social selon trois piliers, si vous voulez.
Le premier, c'était évidemment l'éradication de la pauvreté.
Le deuxième est l'emploi productif et le travail décent pour tous.
Et le troisième, la cohésion sociale.
Donc ce sommet en fait, va repartir des conclusions
du sommet de Copenhague pour réorienter les politiques.
Donc, on espère évidemment
des objectifs ambitieux sur ces trois, dans ces trois domaines.
Ça, c'est un premier élément.
Le deuxième, c'est que je pense, en tout cas j'espère, que le sommet va aussi
s'intéresser au suivi, à la mise en œuvre
de la déclaration politique qui sortira du sommet et essayer
d'avancer sur des résultats concrets, donc de ce point de vue là, le suivi
qui sera donné au sommet sera vraiment très important.
Je pense que c'est aussi par là qu'on pourra recréer de la confiance
dans les institutions internationales et les processus multilatéraux.
En fait, en démontrant la capacité
à changer la réalité sur le terrain, la réalité dans la vie des gens.
Donc la partie mise en œuvre me semble aussi très importante.
Parlons maintenant du rôle de l'OIT.
Donc, la mission de l'OIT et la mission fondamentale
est de promouvoir la justice sociale et le travail décent.
Alors, comment l'OIT va contribuer à cet effort mondial ?
Quelle va être vraiment son rôle dans ce sommet ?
Alors, la préparation qui a été faite au niveau du BIT
en vue du sommet a été vraiment tripartite.
Évidemment, comme une organisation internationale.
Oui, la seule du système de l'ONU qui ait cette structure,
donc, c'est vraiment quelque chose qu'elle peut apporter. Voilà,
donc on apporte vraiment une perspective, un point de vue tripartite.
Donc, qui inclut la perspective des gouvernements
en général, les ministères du travail, mais aussi des organisations
de travailleurs et des organisations d'employeurs.
Et eux, ce sont vraiment les les véritables acteurs de l'économie réelle.
Donc leur point de vue est évidemment important.
Donc on apporte une vision, le BIT apporte une vision tripartite au sommet.
Ça, c'est le premier point.
Et le deuxième point, c'est qu'on a donc préparé des documents tripartites.
Il y a une résolution qui a été approuvée par
la Conférence internationale du Travail.
C'est l'organe le plus, le plus élevé, disons, dans la gouvernance de l'OIT.
Et au cœur vraiment de cette résolution tripartite,
se trouve une proposition sur un nouveau contrat social mondial.
Et là, l'idée, c'est vraiment de dire à ce moment crucial, à ce moment
de ce point d'inflexion du multilatéralisme,
comment est-ce-que la communauté internationale,
comment est-ce-que l'ensemble des pays Nord,
au Nord, au Sud, à l'Est, à l'ouest, peuvent collectivement répondre
aux nouveaux défis et aux nouvelles opportunités qui se présentent ?
Que ce soit la question climatique, évidemment,
mais la question des avancées
technologiques, des progrès technologiques,
le vieillissement de la population mondiale, l'informalité de l'emploi, etc.
Vous pouvez nous énumérer quelques propositions concrètes avec lesquelles
l'OIT va donc arriver au sommet.
Oui, alors les documents sont longs, donc j'en citerai simplement
les trois principaux. Oui, juste quelques-unes.
Tout d'abord, je pense qu'il y a eu beaucoup de discussions
au sein de nos structures, autour de l'importance
d'un contexte macroéconomique qui permette en fait le développement social,
puisqu'on sait qu'aujourd'hui il y a beaucoup de pays en développement,
en particulier, sont confrontés à des problèmes de dette extérieure.
Il y a plus de 3 milliards de personnes qui vivent dans des pays, en fait,
qui doivent payer plus au remboursement de leur dette,
que l'argent qu'ils peuvent mettre dans les budgets de santé ou d'éducation.
Donc là, il y a vraiment un problème de cohérence des politiques.
Le deuxième point qui ressort un peu des discussions tripartites
qu'on a eues, c'est l'importance de l'économie informelle.
On a aujourd'hui la moitié de la population active mondiale
qui travaille en fait dans l'économie informelle.
Donc, la question de la transition vers la formalité est tout à fait cruciale.
Pour pouvoir garantir des conditions de travail décentes, correctes.
Voilà pour avoir des conditions de travail décentes,
une protection sociale décente, par exemple pour des petites
entreprises qui sont dans l'économie informelle,
avoir accès au crédit, pouvoir se développer, et
toute la question
normative, aussi la question des droits des travailleurs de l'économie informelle.
Donc, ça, c'est un deuxième point.
Un troisième point important, c'est les progrès que le sommet pourrait
impulser en matière
de protection sociale.
Donc, l'objectif est clair, on a un objectif d'universalité
de la protection sociale dans le sens où tout le monde devrait avoir accès.
Or, aujourd'hui, on a que la moitié de la population mondiale qui a accès
à au moins une branche de sécurité sociale.
Donc, quels sont les progrès qu'on peut faire ?
Et là il y a une proposition très concrète de dire que la couverture en matière
de protection sociale devrait augmenter de deux points de pourcentage par an,
de façon à accélérer le mouvement vers l'universalité de la protection.
C'et l'une des conclusions du sommet qui a eu lieu à Séville au mois de juillet.
Voilà, c'est donc en préparation.
Voilà, on remet la pression.
On fait chauffer les moteurs.
Une autre question vraiment très, très importante,
c'est la question de l'emploi des jeunes.
On a 20 % des jeunes aujourd'hui
dans le monde qui n'ont pas, qui ne sont ni en situation d'emploi
ni en situation de formation, ni dans un système scolaire, éducatif.
Et ça, c'est vraiment un gâchis des talents.
Donc, comment est-ce-qu'on peut réduire ce pourcentage de jeunes et puis vraiment
leur offrir des opportunités
pour qu'ils puissent se développer sur le marché du travail?
Surtout pour un sommet qui veut quand même envisager les problèmes du futur.
Donc il faut que les jeunes soient au centre de ces débats.
Tout à fait.
Les jeunes doivent vraiment être au centre du débat
puisque évidemment, c'est eux qui seront les leaders de demain.
Bon, il y a d'autres propositions, mais l'idée c'est celle-là.
C'est l'idée de se retrouver
autour d'objectifs cohérents et aussi de lier,
parce que bon, évidemment, l'OIT, on regarde essentiellement la partie
emploi, travail décent, mais il est aussi très très important
de faire le lien avec les autres terrains du développement social, comme peuvent
l'être l'éducation.
Toute la question dans une.
La vision d'ensemble est d'intégrer le développement social
dans toutes les activités économiques, sociales.
Exactement.
Et le lien par exemple avec l'éducation est tout à fait essentiel quand on parle,
nous, de la formation tout au long de la vie.
Donc les développements, les nouvelles politiques
ou les nouveaux programmes qui sont mis en œuvre dans l'éducation
sont évidemment de grande importance pour la formation
tout au long de la vie. La santé,
c'est clair que si on a une population
qui n'est pas en bonne santé, qui fait face à des problèmes de santé
urgents, donc vraiment avoir cette vision aussi centrée sur le travail,
mais aussi une vision quand même qui intègre toutes les dimensions,
les autres dimensions du développement social, de l'économie, de l'industrie,
du développement des politiques sectorielles aussi.
Des manières justement d'aborder
toutes ces dimensions, c'est aussi d'inclure beaucoup plus d'acteurs.
Et là, je pense que l'OIT a aussi un atout,
qui est donc la coalition globale pour la justice sociale
qui est un peu dans la vision du sommet,
d'inclure des acteurs beaucoup plus variés aux débats et
aux solutions qui doivent être apportées aux problèmes mondiaux.
Expliquez-nous un peu ça.
Alors oui, la Coalition mondiale pour la justice sociale,
effectivement,
elle a parmi ses partenaires, une grande diversité.
Alors, on a évidemment des gouvernements, on a des organisations internationales,
on a des organisations de travailleurs, des organisations d'employeurs,
des entreprises multinationales, des ONG.
Donc, voilà.
Et effectivement, c'est par ces efforts collectifs
de l'ensemble de la société, des différents secteurs de la société,
que l'on pourra avancer sur le développement social.
C'est pour ça
qu'on voit un rôle très important pour cette coalition dans la mise en œuvre
de la déclaration politique qui sera adoptée par le sommet à Doha.
On parlait avant donc de l'importance de ce sommet pour le multilatéralisme.
Que peut-on dire à ceux qui seraient un peu sceptiques envers
un autre sommet de l'ONU, un autre sommet pour le développement social,
et qui douterait un peu des résultats de cette rencontre ?
Alors tout d'abord, je dirais que je suis d'accord,
dans une certaine mesure, c'est vraiment important que ce sommet puisse
prendre vie, enfin
qu'il soit vraiment mis en que les conclusions soient
vraiment mises en œuvre et qu'on ait vraiment des résultats
pour les gens dans la vie des gens au niveau des pays, etc.
Donc ça, je pense que le point est important
et que ça doit être une priorité.
Et la mise en œuvre des engagements qui seront pris à Doha
doit vraiment être une priorité de la communauté internationale.
Ensuite, je pense que comme on le disait précédemment,
il y a en ce moment un peu
ce point d'inflexion compliqué
du multilatéralisme, ce point d'inflexion.
Je pense que c'est vraiment important
pour la communauté internationale de se retrouver, de dialoguer.
On n'a pas d'autre moyen que dialoguer pour voir comment collectivement
le monde peut affronter les défis, les opportunités auxquelles il fait face.
Le meilleur exemple comprend évidemment auquel on se réfère
souvent, c'est le climat, le changement climatique.
Aucun pays à lui seul ne peut faire face au changement climatique.
On a vraiment besoin d'avoir l'ensemble de la communauté internationale,
mais on a aussi des problèmes communs qui, on l'a vu avec la Covid,
des problèmes de pandémie qui ne connaissent pas de frontières,
le problème de l'intelligence artificielle
ou l'opportunité de l'intelligence artificielle.
Mais en tout cas le phénomène de
l'intelligence artificielle va affecter tous les pays de façon différente,
mais il va affecter tous les pays, donc préparer ces réponses collectives.
En fait, c'est vraiment important que la communauté internationale
puisse dialoguer sur ces nouveaux défis et ces nouvelles opportunités
et trouver des réponses qui soient justes et qui soient équitables.
Ce sont des problèmes globaux qui exigent des réponses globales.
Tout à fait. Eh bien, merci, merci beaucoup.
Claire Courteille-Mulder, conseillère principale au sein du département
des Partenariats de l'OIT. Merci d'avoir parlé avec nous
du prochain Sommet mondial sur le développement social à Doha.
C'est la fin de notre podcast.
Dans les semaines à venir, nous continuerons à parler des changements
qui bouleversent le monde du travail.
Je vous rappelle que vous pouvez nous suivre
sur les réseaux sociaux, sur LinkedIn, sur YouTube, sur Instagram, sur X,
sous le nom de OIT info,
et maintenant sur Blue Sky et sur Threads sous le nom de ILO.
Pour l'instant, c'est au revoir et à très bientôt pour un autre épisode
de notre podcast sur l'emploi et le futur du travail.