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Idées et perspectives qui façonnent l’avenir du travail
© Marcel Crozet / ILO

Podcast l'avenir du travail

Episode 60
Sécurité et santé au travail

Risques psychosociaux au travail : une menace invisible pour la santé des travailleurs

28 avril 2026

Les risques psychosociaux au travail constituent un enjeu croissant à l’échelle mondiale, étroitement lié à la manière dont le travail est conçu, organisé et géré. Les longues heures de travail, l’insécurité de l’emploi ou encore le harcèlement peuvent nuire durablement à la santé mentale et physique, avec des répercussions sur les travailleurs, les entreprises et les économies. Selon de récentes estimations de l’OIT, ces risques sont associés à plus de 840 000 décès chaque année.

Dans cet épisode du podcast de l’OIT sur l’avenir du travail, Manal Azzi, cheffe d’équipe chargée des politiques et des systèmes de sécurité et de santé au travail, analyse les dynamiques à l’œuvre et leur évolution dans un monde du travail en mutation. Elle présente également des pistes d’action concrètes pour prévenir ces risques et promouvoir des environnements de travail plus sûrs, sains et résilients.

Transcription

Bonjour et bienvenue dans le podcast de l'OIT  sur l'avenir du travail. Je m'appelle Isabel  

Piquer. Aujourd'hui, nous abordons un sujet qui  touche des millions de travailleurs à travers le  

monde mais qui reste souvent invisible, les  risques psychosociaux au travail. Un nouveau  

rapport de l'OIT montre que la manière dont le  travail est conçu, organisé et géré peut avoir  

un impact majeur sur la santé et le bien-être  des travailleurs. Les risques incluent notamment  

les longues heures de travail, le harcèlement au  travail ou encore l'insécurité de l'emploi. Ils  

peuvent affecter à la fois la santé mentale et  physique et ont également des répercussions sur  

les entreprises et les économies. Pour nous aider  à mieux comprendre ces enjeux et les solutions  

possibles, nous recevons aujourd'hui Manal Azzi  qui est chef d'équipe chargé des politiques et  

des systèmes de sécurité de santé au travail  à l'Organisation internationale du travail.  

Bonjour Manal et merci d'être avec nous. Bonjour.  Alors nous allons commencer par l'essentiel. Alors  

pouvez-vous nous expliquer ce que l'on entend par  l'environnement psychosocial au travail ? Oui,  

bien sûr. Alors, pour nous, l'environnement  psychosocial au travail peut être compris  

comme l'ensemble des éléments du travail et  des interactions dans le cadre professionnel.  

Cela, on peut dire peut inclure la manière dont  les postes sont conçus au tout début, comment  

le travail en soit est organisé et géré ainsi que  les politiques et les pratiques en place dans une  

entreprise. Tous ces éléments et interactions  ont un impact sur la santé et le bien-être  

des travailleurs d'habitude ainsi que sur la  performance de l'organisation. Alors toute cette  

définition pour dire que voilà, il y a plusieurs  éléments et dimensions pour mieux comprendre cet  

aspect, l'environnement psychosocial au travail.  Alors, pouvez-vous nous donner quelques exemples  

courants de risques psychosociaux auxquels  les travailleurs sont confrontés dans leur  

quotidien professionnel ? Oui, pour faire  ça, alors je propose de regarder les trois  

niveaux qui sont bien rédigés dans le rapport. Le  premier niveau, c'est le postravail, c'est-à-dire  

les tâches et les responsabilités qu'à un  travailleur. Cela inclut les exigences imposées,  

qu'elle soit cognitive, émotionnelle ou physique.  Aussi, on regarde quel accès ce travailleur il a  

aux ressources et comment il utilise ou pas il  ou elle utilise leurs compétences ainsi que le  

degré de variété et le sens de travail. Est-ce  que c'est un travail répétitif ou monotone ou  

quel type de travail cette personne elle a ? Et on  sait que quand les tâches sont mal conçues et que  

les exigences sont trop élevées sur la durée du  temps, c'est souvent c'est à ce niveau-là que les  

problèmes commencent ou apparaissent. Le deuxième  niveau, c'est le façon dont le travail est  

organisé et géré. Cela peut inclure les éléments  comme la clarté des rôles. Est-ce que c'est clair  

ce que cette personne doit faire ? L'autonomie,  s'il y a une charge et le rythme de travail,  

est-ce que c'est beaucoup trop ou beaucoup ?  Ça peut être les deux. Ainsi que la qualité du,  

de la gestion et du soutien au quotidien. Le  troisème niveau et qui est un des plus importants,  

je trouve, c'est l'ensemble des politiques et  pratiques et procédures au travail. Cela  

peut inclure par exemple les conditions d'emploi,  l'organisation du temps de travail,   

comment on évalue et on reconnaisse les personnes  et les employés, la gestion des changements, s'il  

y a un changement au niveau de de l'entreprise,  comment on gère ça, comment on respecte les  

travailleurs durant ces phases difficiles, les  mesures pour prévenir par exemple la violence et  

l'harcèlement, tout ça c'est des politiques  au niveau de l'entreprise et qui peuvent  

avoir un impact sur l'environnement  psychosocial au sein de l'entreprise. Alors donc,  

il est donc très important de définir ces risques  pour vraiment pouvoir les traiter. Mais le rapport  

parle aussi d'un chiffre très frappant qui est  celui de 8400 décès chaque année liés aux risques  

psychosociaux. Alors, pouvez-vous nous en dire  plus ? Oui. Alors, c'est vrai que chaque année,  

on estime que on a 8400 travailleurs qui meurent,  surtout des maladies cardio-vasculaires et des  

troubles mentaux qui sont attribuables à des  facteurs de risque psychossociaux liés au  

travail. Et on a regardé cinq facteurs, notamment  la tension au travail, le déséquilibre entre  

efforts et récompenses, l'insécurité de l'emploi,  les longues heures de travail et le harcèlement.  

Cette estimation repose bien sûr sur une  combinaison de deux principales sources de  

données. D'un côté, il faut regarder les données  de prévalence mondiale des risques psychosociaux,  

ce qu'on a mentionné, les cinq facteurs. Mais  de l'autre part, il faut voir les recherches  

scientifiques qui montrent qu'il y a vraiment  un lien entre ces risques psychosociaux  

et les maladies cardiaques et les troubles  mentaux, y compris le suicide qu'on a mentionné.  

Alors, il faut bien appliquer ensuite ces niveaux  de risque aux données mondiales sur la mortalité  

et morbidité et c'est comme ça qu'on estime le  nombre de vies qui sont affectés chaque année.  

Euh cette méthode, on l'appelle l'évaluation  comparative des risques et cela nous permet  

d'estimer qu'est-ce qu'on peut prévenir,  quel cas on aurait pu prévenir si on avait  

les manières et les mesures de contrôle en place.  Alors là, on parle de mort, de suicide, c'est des  

cas vraiment extrêmes. Mais qu'est-ce quels sont  aussi les autres effets ? Justement de ces risques  

psychosociaux. Il y a plein d'effets sur la santé  et c'est vraiment très nombreux et très important.  

On connaît bien les effets sur la santé mentale.  On parle bien de la dépression et l'anxiété.  

Elles ce sont les plus fréquents en fait et elle  représentent même environ 12 milliards de journées  

de travail perdu chaque année dans le monde. On parle aussi du risque de suicide surtout dans  

les secteurs comme la construction, l'agriculture  ou les services d'urgence. On observe même

des liens avec le risque de démence, un déclin  cognitif et beaucoup de troubles musculétique  

mais aussi bien sûr des santé digestives. On  dort pas bien, on a des problèmes immunitaires  

reproductifs et beutour de problèmes de cancer qui  peuvent être liés au stress liés à l'exposition à  

ces risques psychosociaux. He, je pense que vous  avez dit une parole clé qui est on en parle parce  

qu'avant on n'en parlait pas de ce genre de  de choses. C'était c'était ce sont était des  

sujets qui étaient poir tabou voire qui n'étaient  pas considérés. Donc maintenant, on en parle de  

plus en plus et ils sont de plus en plus pris en  cause, pris en compte, pardon. Donc c'est quelque  

chose de vraiment de vraiment important. Il y a  un progrès dans ce sens-là. Absolument. On voit  

beaucoup le progrès parce que finalement on voit  que ça affecte les entreprises. Alors ça affecte  

la société, ça affecte tout le monde et on a un  nombre très élevé des gens affectés qui souffrent  

de l'anxiété, qui souffrent de la dépression lié  à toutes ces heures qu'on passe au travail. C'est  

l'endroit où on devrait s'épanouir, devrait mieux  travailler, avoir des relations qui sont simples,  

structure dans votre vie personnelle,  professionnelle, une identité et cetera.  

Et c'est là que le travail est en train de pousser  les gens en arrière et on perd un peu les valeurs  

et la raison pour aller au travail et être bien.  Et quand on voit l'effet sur le taux de gens qui  

sont moins engagés au travail qui ça affecte la  productivité et il y a des conséquences immenses  

financières aussi. On voit beaucoup de pertes à  tous les niveaux et dans tous les secteurs. Alors  

l'un des grands changements en ce moment du monde  du travail c'est l'intelligence artificielle.  

Alors, est-ce que l'on voit déjà un impact du  point de vue des risques psychosociaux liés à  

ce à ce changement majeur ? Sur ce point, moi je  trouve que on n'arrive plus à différencier entre  

le la vie professionnelle, la vie personnelle.  On travaille tout le temps, c'est partout,  

on n'a pas d'endroit de travail précis dans  la plupart de cas. Ça augmente l'intensité  

de travail grâce ou à cause de cette connectivité  permanente et ça permettre de nouvelles formes de  

surveillance et de gestion algorithmique.  Alors les travailleurs sont frustrés,  

il y a moins d'autonomie et on le sent et ça  ceux peuvent augmenter le niveau de stress chez  

les travailleurs. Bien sûr, on reconnaît qu'il y  a des choses qui se sont améliorées à cause de la  

flexibilité. On sent qu'il y a plus d'inclusion,  de monde qui avait de responsabilités, des tâches  

à la maison et avec la famille et maintenant  ils peuvent travailler de de n'importe où. Ça ça  

peut donner l'accès au soutien aussi. Mais  si on arrive à gérer bien les cas d'isolement,  

les cas d'insécurité de d'emploi et tout ça,  il faut vraiment éviter ce surcharge numérique  

qui peut venir avec. Alors maintenant nous avons  cerné le problème, voyons ce qui peut être fait  

parce que aussi l'une des grandes conclusions du  rapport et c'est que tous ces risques ne sont pas  

inévitables et qu'il y a des choses qui peuvent  être faites. Oui, si on va regarder au niveau de  

de cadres réglementaires et des lois, on voit au  tout début beaucoup de lois sur la santé mentale,  

mais ça reste des initiatives un peu limitées sur des procédures réactives et individualisées.  

Et il y a beaucoup maintenant d'exemples des lois  dans le monde qui poussent plutôt un système de  

gestion de risque, un système de santé et sécurité  au travail qui inclut les gestions de risques  

psychosociaux. Ça c'est beaucoup plus durable dans  le temps et beaucoup plus pragmatique pour arriver  

à des solutions. On voit aussi des lois qui  regardent les histoires de procédure de plainte,  

l'inspection, quel type de recours on a pour  assurer l'application de ces droits qu'on  

a. Aussi, il y a ce défi toujours d'établir  un lien entre le travail et les troubles de  

santé qu'on voit. Alors, il faut des systèmes de  reconnaissance, des systèmes d'indemnisation   

et cela bien sûr varie entre les pays. On a  ceux qui ont des listes prédéfinies de ces de ces  

évaluations. Il y a d'autres qui fonctionnent  cas par cas. Voilà, cette ce problème ou cette  

maladie professionnelle, est-ce que c'est vraiment  lié au travail ou est-ce que c'est un trouble qui  

qui vient de de tous ailleurs ? Alors, il y a  beaucoup de législations qui ciblent aussi des  

risques très spécifiques comme la l'harcèlement,  violence au travail et ça évolue beaucoup. Il y en  

a qui cible par exemple qu'on a vient de parler  du télétravail, la surcharge numérique.  

Par exemple, on voit que la loi, elle a introduit  beaucoup de droits contre pour la déconnexion.  

On a le droit de déconnecter. Enfin,  moi je trouve aussi au niveau national,  

il faut avoir des bases de données solide et  c'est là qu'on puisse vraiment établir le lien  

entre ces expositions sur les au risques et les  impacts sur notre santé. Et c'est là qu'on peut  

encore mieux pousser un changement vers le contrôle de ces risques au niveau de travail.  

Donc identifier, quantifier et établir un cadre  régulatoire. Est-ce qu'il y a autre chose que les  

gouvernements doivent faire pour justement  éviter ces dangers psychosociaux ?   

Les gouvernements peuvent aussi aider bien sûr à  donner des guides et il y a beaucoup d'initiatives  

volontaires pour sensibiliser les employeurs  et les syndicats, les travailleurs  

qui sont aussi importants à promouvoir   voilà beaucoup d'interventions qui marchent dans  

d'autres pays qu'on peut transmettre ici et donner  beaucoup plus de conseils au niveau de travail,  

au niveau de l'entreprise. Qu'est-ce qu'on peut  mettre en place ? Voilà. Sur le lieu de travail  

lui-même que peuvent faire les employeurs d'un  côté et les travailleurs de l'autre, c'est surtout  

avoir un système pour mieux identifier les risques  psychosociaux. Ils sont complexes. Bien sûr,  

on peut pas juste on peut pas les voir, on peut  pas rentrer dans un endroit de travail, constater  

immédiatement qu'il y a un conflit de rôle ou il  y a une surcharge chronique. Il est donc essentiel  

de croiser plusieurs sources comme les données  de ressources humaines. On va regarder le taux  

d'absentéisme, on va regarder les descriptions  de postes s'ils sont adéquates. On va faire  

des entretiens avec les travailleurs et les  enquêtes. Alors, il faut vraiment identifier ces  

risques puis les évaluer et en tenir en compte que  voilà, c'est des risques qui s'installent et qui  

peuvent s'accumuler au fur et à mesure du temps.  C'est pas des incidents individuels.

Alors, parfois si on voit qu'il y a des faibles niveaux  de plainte, ça veut pas dire qu'il y a rien.  

C'est juste parce que ça n'existe pas, parce  que la manière dont ils sont encadrés ou qu'il  

font qu'il n'existe pas enf qu'en fait il existe  les travailleurs ils ont peur, ils ont peur d'en  

parler parce qu'ils savent pas quelles sont les  conséquences ils se sentent pas assez à l'aise ou  

en sécurité d'en parler et c'est pour cela il  faut avoir cette approche inclusive en regardant  

le genre l'âge le type d'emploi pour pour ne  pas laisser échapper ou passer à côté de de  

certaines situations à risque. Et en plus de ça,  la prochaine étape, c'est de prévenir et maîtriser  

ces risques. On a, on suit ce qu'on appelle la  hiérarchie des mesures de prévention en priorisant  

les mesures organisationnelles qui s'attaquent  aux causes profondes qu'on a parlé tout à l'heure,  

mais et après on va s'attaquer aux autres niveaux.  On va regarder bien sûr comme la répartition  

de la charge de travail, la clarté des rôles,  l'organisation du temps, est-ce qu'il y a une  

vraie participation des travailleurs et et  d'autres systèmes comme ça ? Donc en fait,  

c'est vraiment un travail qui est en train d'être  fait en ce moment. On voit qu'il y a un progrès,  

on voit que les choses changent petit à petit.  Absolument. On voit en progrès parce que les  

gens en parlent plus, parce qu'il y a pas une  famille où il y a quelqu'un qui ne souffre  

pas. On entend parler beaucoup de du burnout.  C'est quoi ce burnout qui est essentiellement  

professionnel ? C'est un rythme qui n'a pas été  identifié, qui n'a pas été traité. Non. Et voilà,  

le l'OMS, elle le définit bien comme un phénomène  professionnel. C'est un syndrome lié à le   

travail excessif qui peut mener à beaucoup  d'autres problèmes de dépression, d'anxiété.  

Avec le temps, on peut pas s'échapper. Il faut  adresser ces problèmes, trouver des solutions  

au niveau des règles et des des lois au niveau  national, mais aussi en incluant les travailleurs  

dans les politiques, dans les solutions pour  que ça soit durable dans le temps et pour qu'ils  

aient vraiment une voix sur leur avenir  professionnel. Absolument. Et bien merci beaucoup  

Manal. Nous arrivons à la fin de ce podcast.  Aujourd'hui, nous avons échangé avec Manal Azzi,  

chef d'équipe chargé des politiques et des  systèmes de sécurité de santé au travail à  

l'Organisation internationale du travail  sur les risques psychosociaux au travail.  

Vous pouvez consulter le nouveau rapport de l'OIT  sur le site de l'OIT. Merci de nous avoir écouté.  

Vous pouvez nous suivre sur les réseaux sociaux  en français sur X oit info et en anglais sur  

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sur ilo.org. À très bientôt pour un nouvel épisode  du podcast de l'OIT sur l'avenir du travail.