Episode 60
Risques psychosociaux au travail : une menace invisible pour la santé des travailleurs
Manal Azzi
Episode 59
L’intelligence artificielle générative et les inégalités de genre au travail
Emanuela Pozzan
Episode 58
La qualité de l’emploi progresse trop lentement
Ekkehard Ernst
Episode 57
Le sommet de Doha peut-il relancer la justice sociale mondiale ?
Claire Courteille-Mulder
Episode 56
Le congé de paternité: regards croisés entre experts et entreprises
Caroline Imbert, Nashwa Belal
Episode 55
L’Europe face à une main-d’œuvre vieillissante
Sabrina de Gobbi, Stefan Kühn
Episode 54
Comment l’IA et d’autres technologies peuvent protéger les travailleurs
Manal Azzi, Dafne Papandrea
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Risques psychosociaux au travail : une menace invisible pour la santé des travailleurs
28 avril 2026Les risques psychosociaux au travail constituent un enjeu croissant à l’échelle mondiale, étroitement lié à la manière dont le travail est conçu, organisé et géré. Les longues heures de travail, l’insécurité de l’emploi ou encore le harcèlement peuvent nuire durablement à la santé mentale et physique, avec des répercussions sur les travailleurs, les entreprises et les économies. Selon de récentes estimations de l’OIT, ces risques sont associés à plus de 840 000 décès chaque année.
Dans cet épisode du podcast de l’OIT sur l’avenir du travail, Manal Azzi, cheffe d’équipe chargée des politiques et des systèmes de sécurité et de santé au travail, analyse les dynamiques à l’œuvre et leur évolution dans un monde du travail en mutation. Elle présente également des pistes d’action concrètes pour prévenir ces risques et promouvoir des environnements de travail plus sûrs, sains et résilients.
Transcription
Bonjour et bienvenue dans le podcast de l'OIT sur l'avenir du travail. Je m'appelle Isabel
Piquer. Aujourd'hui, nous abordons un sujet qui touche des millions de travailleurs à travers le
monde mais qui reste souvent invisible, les risques psychosociaux au travail. Un nouveau
rapport de l'OIT montre que la manière dont le travail est conçu, organisé et géré peut avoir
un impact majeur sur la santé et le bien-être des travailleurs. Les risques incluent notamment
les longues heures de travail, le harcèlement au travail ou encore l'insécurité de l'emploi. Ils
peuvent affecter à la fois la santé mentale et physique et ont également des répercussions sur
les entreprises et les économies. Pour nous aider à mieux comprendre ces enjeux et les solutions
possibles, nous recevons aujourd'hui Manal Azzi qui est chef d'équipe chargé des politiques et
des systèmes de sécurité de santé au travail à l'Organisation internationale du travail.
Bonjour Manal et merci d'être avec nous. Bonjour. Alors nous allons commencer par l'essentiel. Alors
pouvez-vous nous expliquer ce que l'on entend par l'environnement psychosocial au travail ? Oui,
bien sûr. Alors, pour nous, l'environnement psychosocial au travail peut être compris
comme l'ensemble des éléments du travail et des interactions dans le cadre professionnel.
Cela, on peut dire peut inclure la manière dont les postes sont conçus au tout début, comment
le travail en soit est organisé et géré ainsi que les politiques et les pratiques en place dans une
entreprise. Tous ces éléments et interactions ont un impact sur la santé et le bien-être
des travailleurs d'habitude ainsi que sur la performance de l'organisation. Alors toute cette
définition pour dire que voilà, il y a plusieurs éléments et dimensions pour mieux comprendre cet
aspect, l'environnement psychosocial au travail. Alors, pouvez-vous nous donner quelques exemples
courants de risques psychosociaux auxquels les travailleurs sont confrontés dans leur
quotidien professionnel ? Oui, pour faire ça, alors je propose de regarder les trois
niveaux qui sont bien rédigés dans le rapport. Le premier niveau, c'est le postravail, c'est-à-dire
les tâches et les responsabilités qu'à un travailleur. Cela inclut les exigences imposées,
qu'elle soit cognitive, émotionnelle ou physique. Aussi, on regarde quel accès ce travailleur il a
aux ressources et comment il utilise ou pas il ou elle utilise leurs compétences ainsi que le
degré de variété et le sens de travail. Est-ce que c'est un travail répétitif ou monotone ou
quel type de travail cette personne elle a ? Et on sait que quand les tâches sont mal conçues et que
les exigences sont trop élevées sur la durée du temps, c'est souvent c'est à ce niveau-là que les
problèmes commencent ou apparaissent. Le deuxième niveau, c'est le façon dont le travail est
organisé et géré. Cela peut inclure les éléments comme la clarté des rôles. Est-ce que c'est clair
ce que cette personne doit faire ? L'autonomie, s'il y a une charge et le rythme de travail,
est-ce que c'est beaucoup trop ou beaucoup ? Ça peut être les deux. Ainsi que la qualité du,
de la gestion et du soutien au quotidien. Le troisème niveau et qui est un des plus importants,
je trouve, c'est l'ensemble des politiques et pratiques et procédures au travail. Cela
peut inclure par exemple les conditions d'emploi, l'organisation du temps de travail,
comment on évalue et on reconnaisse les personnes et les employés, la gestion des changements, s'il
y a un changement au niveau de de l'entreprise, comment on gère ça, comment on respecte les
travailleurs durant ces phases difficiles, les mesures pour prévenir par exemple la violence et
l'harcèlement, tout ça c'est des politiques au niveau de l'entreprise et qui peuvent
avoir un impact sur l'environnement psychosocial au sein de l'entreprise. Alors donc,
il est donc très important de définir ces risques pour vraiment pouvoir les traiter. Mais le rapport
parle aussi d'un chiffre très frappant qui est celui de 8400 décès chaque année liés aux risques
psychosociaux. Alors, pouvez-vous nous en dire plus ? Oui. Alors, c'est vrai que chaque année,
on estime que on a 8400 travailleurs qui meurent, surtout des maladies cardio-vasculaires et des
troubles mentaux qui sont attribuables à des facteurs de risque psychossociaux liés au
travail. Et on a regardé cinq facteurs, notamment la tension au travail, le déséquilibre entre
efforts et récompenses, l'insécurité de l'emploi, les longues heures de travail et le harcèlement.
Cette estimation repose bien sûr sur une combinaison de deux principales sources de
données. D'un côté, il faut regarder les données de prévalence mondiale des risques psychosociaux,
ce qu'on a mentionné, les cinq facteurs. Mais de l'autre part, il faut voir les recherches
scientifiques qui montrent qu'il y a vraiment un lien entre ces risques psychosociaux
et les maladies cardiaques et les troubles mentaux, y compris le suicide qu'on a mentionné.
Alors, il faut bien appliquer ensuite ces niveaux de risque aux données mondiales sur la mortalité
et morbidité et c'est comme ça qu'on estime le nombre de vies qui sont affectés chaque année.
Euh cette méthode, on l'appelle l'évaluation comparative des risques et cela nous permet
d'estimer qu'est-ce qu'on peut prévenir, quel cas on aurait pu prévenir si on avait
les manières et les mesures de contrôle en place. Alors là, on parle de mort, de suicide, c'est des
cas vraiment extrêmes. Mais qu'est-ce quels sont aussi les autres effets ? Justement de ces risques
psychosociaux. Il y a plein d'effets sur la santé et c'est vraiment très nombreux et très important.
On connaît bien les effets sur la santé mentale. On parle bien de la dépression et l'anxiété.
Elles ce sont les plus fréquents en fait et elle représentent même environ 12 milliards de journées
de travail perdu chaque année dans le monde. On parle aussi du risque de suicide surtout dans
les secteurs comme la construction, l'agriculture ou les services d'urgence. On observe même
des liens avec le risque de démence, un déclin cognitif et beaucoup de troubles musculétique
mais aussi bien sûr des santé digestives. On dort pas bien, on a des problèmes immunitaires
reproductifs et beutour de problèmes de cancer qui peuvent être liés au stress liés à l'exposition à
ces risques psychosociaux. He, je pense que vous avez dit une parole clé qui est on en parle parce
qu'avant on n'en parlait pas de ce genre de de choses. C'était c'était ce sont était des
sujets qui étaient poir tabou voire qui n'étaient pas considérés. Donc maintenant, on en parle de
plus en plus et ils sont de plus en plus pris en cause, pris en compte, pardon. Donc c'est quelque
chose de vraiment de vraiment important. Il y a un progrès dans ce sens-là. Absolument. On voit
beaucoup le progrès parce que finalement on voit que ça affecte les entreprises. Alors ça affecte
la société, ça affecte tout le monde et on a un nombre très élevé des gens affectés qui souffrent
de l'anxiété, qui souffrent de la dépression lié à toutes ces heures qu'on passe au travail. C'est
l'endroit où on devrait s'épanouir, devrait mieux travailler, avoir des relations qui sont simples,
structure dans votre vie personnelle, professionnelle, une identité et cetera.
Et c'est là que le travail est en train de pousser les gens en arrière et on perd un peu les valeurs
et la raison pour aller au travail et être bien. Et quand on voit l'effet sur le taux de gens qui
sont moins engagés au travail qui ça affecte la productivité et il y a des conséquences immenses
financières aussi. On voit beaucoup de pertes à tous les niveaux et dans tous les secteurs. Alors
l'un des grands changements en ce moment du monde du travail c'est l'intelligence artificielle.
Alors, est-ce que l'on voit déjà un impact du point de vue des risques psychosociaux liés à
ce à ce changement majeur ? Sur ce point, moi je trouve que on n'arrive plus à différencier entre
le la vie professionnelle, la vie personnelle. On travaille tout le temps, c'est partout,
on n'a pas d'endroit de travail précis dans la plupart de cas. Ça augmente l'intensité
de travail grâce ou à cause de cette connectivité permanente et ça permettre de nouvelles formes de
surveillance et de gestion algorithmique. Alors les travailleurs sont frustrés,
il y a moins d'autonomie et on le sent et ça ceux peuvent augmenter le niveau de stress chez
les travailleurs. Bien sûr, on reconnaît qu'il y a des choses qui se sont améliorées à cause de la
flexibilité. On sent qu'il y a plus d'inclusion, de monde qui avait de responsabilités, des tâches
à la maison et avec la famille et maintenant ils peuvent travailler de de n'importe où. Ça ça
peut donner l'accès au soutien aussi. Mais si on arrive à gérer bien les cas d'isolement,
les cas d'insécurité de d'emploi et tout ça, il faut vraiment éviter ce surcharge numérique
qui peut venir avec. Alors maintenant nous avons cerné le problème, voyons ce qui peut être fait
parce que aussi l'une des grandes conclusions du rapport et c'est que tous ces risques ne sont pas
inévitables et qu'il y a des choses qui peuvent être faites. Oui, si on va regarder au niveau de
de cadres réglementaires et des lois, on voit au tout début beaucoup de lois sur la santé mentale,
mais ça reste des initiatives un peu limitées sur des procédures réactives et individualisées.
Et il y a beaucoup maintenant d'exemples des lois dans le monde qui poussent plutôt un système de
gestion de risque, un système de santé et sécurité au travail qui inclut les gestions de risques
psychosociaux. Ça c'est beaucoup plus durable dans le temps et beaucoup plus pragmatique pour arriver
à des solutions. On voit aussi des lois qui regardent les histoires de procédure de plainte,
l'inspection, quel type de recours on a pour assurer l'application de ces droits qu'on
a. Aussi, il y a ce défi toujours d'établir un lien entre le travail et les troubles de
santé qu'on voit. Alors, il faut des systèmes de reconnaissance, des systèmes d'indemnisation
et cela bien sûr varie entre les pays. On a ceux qui ont des listes prédéfinies de ces de ces
évaluations. Il y a d'autres qui fonctionnent cas par cas. Voilà, cette ce problème ou cette
maladie professionnelle, est-ce que c'est vraiment lié au travail ou est-ce que c'est un trouble qui
qui vient de de tous ailleurs ? Alors, il y a beaucoup de législations qui ciblent aussi des
risques très spécifiques comme la l'harcèlement, violence au travail et ça évolue beaucoup. Il y en
a qui cible par exemple qu'on a vient de parler du télétravail, la surcharge numérique.
Par exemple, on voit que la loi, elle a introduit beaucoup de droits contre pour la déconnexion.
On a le droit de déconnecter. Enfin, moi je trouve aussi au niveau national,
il faut avoir des bases de données solide et c'est là qu'on puisse vraiment établir le lien
entre ces expositions sur les au risques et les impacts sur notre santé. Et c'est là qu'on peut
encore mieux pousser un changement vers le contrôle de ces risques au niveau de travail.
Donc identifier, quantifier et établir un cadre régulatoire. Est-ce qu'il y a autre chose que les
gouvernements doivent faire pour justement éviter ces dangers psychosociaux ?
Les gouvernements peuvent aussi aider bien sûr à donner des guides et il y a beaucoup d'initiatives
volontaires pour sensibiliser les employeurs et les syndicats, les travailleurs
qui sont aussi importants à promouvoir voilà beaucoup d'interventions qui marchent dans
d'autres pays qu'on peut transmettre ici et donner beaucoup plus de conseils au niveau de travail,
au niveau de l'entreprise. Qu'est-ce qu'on peut mettre en place ? Voilà. Sur le lieu de travail
lui-même que peuvent faire les employeurs d'un côté et les travailleurs de l'autre, c'est surtout
avoir un système pour mieux identifier les risques psychosociaux. Ils sont complexes. Bien sûr,
on peut pas juste on peut pas les voir, on peut pas rentrer dans un endroit de travail, constater
immédiatement qu'il y a un conflit de rôle ou il y a une surcharge chronique. Il est donc essentiel
de croiser plusieurs sources comme les données de ressources humaines. On va regarder le taux
d'absentéisme, on va regarder les descriptions de postes s'ils sont adéquates. On va faire
des entretiens avec les travailleurs et les enquêtes. Alors, il faut vraiment identifier ces
risques puis les évaluer et en tenir en compte que voilà, c'est des risques qui s'installent et qui
peuvent s'accumuler au fur et à mesure du temps. C'est pas des incidents individuels.
Alors, parfois si on voit qu'il y a des faibles niveaux de plainte, ça veut pas dire qu'il y a rien.
C'est juste parce que ça n'existe pas, parce que la manière dont ils sont encadrés ou qu'il
font qu'il n'existe pas enf qu'en fait il existe les travailleurs ils ont peur, ils ont peur d'en
parler parce qu'ils savent pas quelles sont les conséquences ils se sentent pas assez à l'aise ou
en sécurité d'en parler et c'est pour cela il faut avoir cette approche inclusive en regardant
le genre l'âge le type d'emploi pour pour ne pas laisser échapper ou passer à côté de de
certaines situations à risque. Et en plus de ça, la prochaine étape, c'est de prévenir et maîtriser
ces risques. On a, on suit ce qu'on appelle la hiérarchie des mesures de prévention en priorisant
les mesures organisationnelles qui s'attaquent aux causes profondes qu'on a parlé tout à l'heure,
mais et après on va s'attaquer aux autres niveaux. On va regarder bien sûr comme la répartition
de la charge de travail, la clarté des rôles, l'organisation du temps, est-ce qu'il y a une
vraie participation des travailleurs et et d'autres systèmes comme ça ? Donc en fait,
c'est vraiment un travail qui est en train d'être fait en ce moment. On voit qu'il y a un progrès,
on voit que les choses changent petit à petit. Absolument. On voit en progrès parce que les
gens en parlent plus, parce qu'il y a pas une famille où il y a quelqu'un qui ne souffre
pas. On entend parler beaucoup de du burnout. C'est quoi ce burnout qui est essentiellement
professionnel ? C'est un rythme qui n'a pas été identifié, qui n'a pas été traité. Non. Et voilà,
le l'OMS, elle le définit bien comme un phénomène professionnel. C'est un syndrome lié à le
travail excessif qui peut mener à beaucoup d'autres problèmes de dépression, d'anxiété.
Avec le temps, on peut pas s'échapper. Il faut adresser ces problèmes, trouver des solutions
au niveau des règles et des des lois au niveau national, mais aussi en incluant les travailleurs
dans les politiques, dans les solutions pour que ça soit durable dans le temps et pour qu'ils
aient vraiment une voix sur leur avenir professionnel. Absolument. Et bien merci beaucoup
Manal. Nous arrivons à la fin de ce podcast. Aujourd'hui, nous avons échangé avec Manal Azzi,
chef d'équipe chargé des politiques et des systèmes de sécurité de santé au travail à
l'Organisation internationale du travail sur les risques psychosociaux au travail.
Vous pouvez consulter le nouveau rapport de l'OIT sur le site de l'OIT. Merci de nous avoir écouté.
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